Analyse des marchés financiers – Macro / Micro économique Avril 2018

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BOURSES : UN TRIMESTRE CHAHUTÉ
Après le parcours époustouflant des indices américains en 2017, le premier trimestre de l’année clôture sur une note négative. Depuis que Trump a annoncé son programme protectionniste, les actions ont connu des épisodes erratiques, évoluant au gré des développements concernant sa politique commerciale, mais aussi plus récemment des valeurs technologiques.

Ce qui se traduit par un bilan médiocre. La plupart des indices finissent le trimestre dans le rouge et la volatilité, l’indice de peur des marchés, semble s’être installée durablement.

Les éléments qui ont pesé sur le marché ce trimestre étaient nombreux. On a commencé avec les craintes de retour de l’inflation suite aux hausses des salaires aux États-Unis, on a continué avec les craintes de guerre commerciale après les taxes sur l’acier et l’aluminium annoncées par Trump et les mesures prises à l’encontre de la Chine. Dans la foulée nous avons eu les difficultés de Facebook et les attaques contre d’autres géants de la Tech américaine comme Amazon.

Autant d’éléments qui ont rendu la cote très fébrile ces dernières semaines. L’indice Dow Jones a cédé 2,5% sur le trimestre et le S&P-500 1,2% (deux ans qu’ils n’avaient pas aussi peu performés). Seul le Nasdaq est parvenu à rester dans le vert, malgré la chute récente des grandes valeurs de la Tech.

Les craintes entourant l’inflation se sont néanmoins apaisées, l’inflation est ressortie à 0,2% en février après les 0,4% en janvier qui avaient inquiété les investisseurs.

Par contre, les incertitudes géopolitiques n’ont cessé de peser en toile de fond, malgré l’amorce d’un dialogue entre Pékin et Washington sur leurs relations commerciales à venir. Dans de telles conditions, rien d’étonnant à voir les Bourses mondiales commencer à décrocher.

Parmi les nouvelles microéconomiques, on retiendra les déboires sur certains grands mastodontes de la Tech. Tout a démarré avec Facebook accusé de ne pas protéger ses données, laissant craindre une régulation plus stricte, qui pourrait changer la donne sur ces grosses valeurs peu réglementés. Amazon plus récemment qui s’est greffé dans le collimateur de Trump. Par ailleurs, un accident mortel lors d’essais de Uber d’une voiture autonome a jeté le trouble sur tout ce secteur.

En dépit de ces épisodes de stress, d’un point de vue macro-économique il y a toujours une bonne dynamique et la croissance américaine reste solidement ancrée. Le PIB américain au 4ème trimestre 2017 a été révisé à +2,9% (contre +2,5% précédemment).  En outre, la saison des résultats, qui débutera dans quelques jours s’annonce prometteuse, le consensus table désormais sur une hausse de plus de 18% des bénéfices des entreprises au premier trimestre (par rapport au 1er trim. 2017). Depuis le vote de la réforme fiscale, de nombreuses compagnies ont annoncé le rapatriement de leurs bénéfices conservés à l’étranger, ce qui devrait également avoir un impact positif important.

Ce mois de mars a également été marqué par le premier exercice de communication du nouveau président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, relativement bien accueilli par les marchés. Les données économiques étaient suffisamment fortes pour convaincre la Federale Reserve de resserrer un peu plus sa politique monétaire. Powell a donc commencé son mandat de président de la Fed avec une hausse des taux d’intérêt d’un quart de point.

Il a aussi constaté que les données économiques actuelles ne donnaient pas de signe d’accélération de l’inflation, plutôt rassurant pour les investisseurs, cela repousse l’idée d’un durcissement de sa politique monétaire plus agressif.

En Europe, une fois de plus, les marchés européens ont évolué au gré des marchés américains. Mais en dépit de cette nervosité généralisée, les Bourses européennes restent toutefois bien moins affectées que leurs homologues américaines, en mars. Les principaux indices européens sont très pauvres en valeurs de technologies, l’ADN high Tech est incomparablement moins marqué que celui de Wall Street.

Par contre sur le trimestre la baisse est plus accentuée, le CAC finit le trimestre en baisse de 2.73%, l’EuroStoxx 50 de 4.07%. Le Dax accuse le plus fort recul ces trois mois avec  -6.35%.  C’est assez logique que l’Allemagne, plus gros exportateur européen, soit celui qui soit le plus pénalisé par le risque potentiel de protectionnisme.

La zone euro, continue néanmoins d’être dans une configuration idéale : une conjoncture qui s’améliore tandis que l’inflation demeure très basse. La revalorisation de l’euro pénalise, certes, les entreprises mais pour l’instant cela reste gérable.

Du côté de la BCE, force est de constater que Draghi multiplie les propos rassurants sur le resserrement monétaire qui s’annonce. En zone euro, compte tenu de la faiblesse de l’inflation la remontée des taux sera très graduelle (pas avant 2019). Step by step.

LES TECHS SOUS PRESSION
Ce n’est pas une période facile pour les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Les géants du web, que l’on désigne donc sous cet acronyme de GAFA, ont été lourdement pénalisés en mars.

Les déboires de Facebook sont à l’origine d’une crise de confiance des investisseurs et sans doute d’une réévaluation des perspectives de ces valeurs techs.

À Wall Street, le poids des valeurs de technologies est devenu écrasant. Pas seulement au sein du Nasdaq mais également au sein du S&P 500.

Or avec les Gafa on touche au cœur du réacteur. Il faut savoir que les techs c’est 25% de la cote américaine. Donc, en toute logique quand un quart de l’indice ne va pas bien c’est forcément toute la cote qui est fragilisée.

Il y a en ce moment un ensemble de facteurs qui touchent ces gros mastodontes par des effets très différents. Facebook paie ainsi au prix fort sa mauvaise gestion de l’affaire « Cambridge Analytica ». Les données privées de 50 millions d’utilisateurs ont été récupérées illégalement par cette société partenaire de Facebook et spécialisée dans l’analyse de données, qui a notamment eu pour client Donald Trump.

Après avoir flirté avec les 190$ dans l’euphorie du début d’année post-réforme fiscale de Trump l’action du géant de la tech s’est effondrée et cote désormais sous les 160$. Le premier réseau social mondial traverse la pire crise de sa jeune histoire.

L’enjeu est déterminant pour Facebook, tout le business model dépend des données personnelles qui sont exploitées à des fins commerciales. Avec FB c’est l’utilisateur qui est le produit.

Il est probable que la pression réglementaire augmente sensiblement aux Etats-Unis et tout ceci pourrait peser à moyen-terme sur la profitabilité au moment où ces sociétés affichent une santé opulente, ces derniers mois, et des chiffres d’affaires record.

Après le scandale Facebook ce fut au tour d’Amazon d’être sur la sellette. Donald Trump en a fait une véritable obsession, reprochant au numéro un mondial de la distribution en ligne de bénéficier de tarifs trop avantageux de la part des services postaux américains et de ne pas payer assez s’impôts. Trump cherche les moyens légaux et fiscaux de calmer la pieuvre Amazon.

Depuis le début, Trump n’a jamais montré sa sympathie pour la silicon Valley, il a la réputation de soutenir plutôt les vieilles industries. Or Amazon c’est typiquement la nouvelle économie. En outre, dans ces attaques publiques il y a clairement un dividende politique à retirer, il s’adresse finalement à son électorat. Un électorat qui travaille en majorité dans l’ancienne économie. Les élections de mi-mandat sont dans quelque mois et il a besoin de redorer son blason traditionaliste auprès des gens qui ont voté pour lui.

Mais même pour Trump, ça va être compliqué d’attaquer Amazon qui a la faveur des consommateurs et qui garantit des prix bas sur tous les produits sur le sol américain. N’oublions pas que Trump a été élu sur le socle de la contestation populaire américaine, liée en partie à la baisse du pouvoir d’achat.

Quoi qu’il en soit, cette convergence de mauvaises nouvelles pour un secteur dont les actions sont déjà très chères fait forcément naître des craintes.

Cette crise arrive au moment où l’Europe confirme sa volonté de taxer les géants du net. Mais cette nouvelle n’a pas eu l’air d’attiser les craintes, elle pourrait même être contre-productive pour l’Europe. En effet, Trump a baissé les impôts pour les entreprises qui rapatrient le cash qu’elles ont en dehors des États-Unis. Résultat : Au total, le fisc américain a déjà récupéré 64 milliards de dollars auprès de quatre géants du numérique.

GUERRE COMMERCIALE OU GRAND BLUFF ?
Nouvelle prime de risque pour les marchés, le protectionnisme a refait surface avec fracas ce mois de mars, suite à l’annonce de Donald Trump concernant la taxation des importations d’acier et d’aluminium.

Comme on l’avait évoqué le mois dernier, cette initiative serait contre-productive, Bush l’avait déjà tentée. En définitive, des droits de douane sur l’acier et l’aluminium détruiraient plus d’emplois qu’ils n’en créeraient, en raison des hausses de prix qu’ils provoqueraient sur de nombreux produits. Ce qui pénaliserait de facto la consommation, principal moteur de l’économie américaine.

Mais le président américain est aussi un homme d’affaires et tout cela s’apparente plus à de la stratégie de négociation, qu’à un réel risque d’escalade, auquel aucune partie n’a intérêt.

A chaque fois c’est le même scénario avec Trump, qui n’applique ni plus ni moins que ses techniques de négociateur immobilier : des menaces et déclarations fracassantes, afin de forcer les pays à ouvrir des négociations.

Néanmoins pour les marchés c’est un sujet de crainte. D’autant que Donald Trump commence à fatiguer ses partenaires. La réponse des autorités chinoises était jusqu’ici plutôt soft et conciliante, mais depuis quelques jours la Chine a décidé de rétorquer et d’imposer aussi des taxes prohibitives sur une quantité de produits américains d’importation, en riposte aux taxes imposées par Trump sur l’acier et l’aluminium.

Les discours musclés de Donald Trump font bon effet sur les électeurs, Trump doit rester crédible vis-à-vis de son électorat, surtout à mesure que les élections de mi-mandat approchent. Il s’évertue donc à donner l’impression qu’il extrait des concessions de la part des chinois.

Mais c’est un jeu difficile et dangereux car les interdépendances avec la chine sont énormes. Les deux géants ont trop d’intérêts communs pour véritablement se fâcher. Les deux pays sont réciproquement leur premier partenaire économique. D’autant que la Chine est le premier détenteur étranger de la dette fédérale américaine (1.180 milliards de dollars).

Mais au final, c’est l’économie américaine, elle-même, qui pourrait payer le plus lourd tribut en cas de nouvelles barrières protectionnistes. La chaîne de production de nombreux géants américains sous-traitant en Chine, notamment dans la technologie et les jouets, serait perturbée, ce qui rendrait les prix de ces produits plus chers pour les américains. Un argument qui pourrait inciter Donald Trump à la modération.

BREXIT, ACCORD SURPRISE
En position de faiblesse face aux Européens, Londres a finalement lâché du lest, Theresa May s’est engagée à faire des concessions sur un certain nombre de sujets qui portaient à controverse, acceptant les conditions posées par Bruxelles pour la période de transition que le gouvernement May réclamait, dans la foulée du Brexit. Une période de transition qui devrait lui permettre d’absorber moins difficilement le choc du Brexit.

Une période durant laquelle le Royaume uni pourrait continuer à négocier sa « relation future » avec l’Union européenne sans perdre brutalement tous les avantages d’un Etat membre.

Autre concession importante : le gouvernement britannique a accepté que les citoyens de l’UE venant s’installer au Royaume-Uni durant la période de transition bénéficient du même droit de séjour, à la fin de la période de transition, que ceux arrivés dans le pays avant le Brexit.

En échange, pendant cette période de transition, la Grande-Bretagne bénéficiera de l’accès au marché unique.

Si les marchés sont plus confiants quant à l’aboutissement des négociations sur le Brexit, ils restent tout de même convaincus des répercussions négatives de ce divorce sur l’attractivité financière du Royaume-Uni.

EUR-USD : UN DOLLAR EN LÉGÈRE HAUSSE
Le Dollar a toujours des difficultés pour rebondir durablement. Pourtant la Fed vient de procéder à un nouveau tour de vis monétaire, mais cette hausse des taux était déjà “pricée”, elle n’a donc pas créé de surprise, susceptible de donner un peu de vitalité à la monnaie américaine.

L’environnement actuel politique a également un effet perturbateur sur le billet vert, qui reste très vulnérable aux propos protectionnistes de Donald Trump.

Pourtant ces derniers jours le dollar a tout de même connu un regain d’intérêt (1,2280$), grâce à de bonnes statistiques sur l’économie américaine. La croissance du PIB au 4e trimestre est finalement ressortie, pour sa dernière estimation, à 2,9% contre 2,5% attendu. Par ailleurs, la consommation des ménages s’est avérée plus forte que prévu, de même que l’investissement des entreprises. Autant de bons points pour la conjoncture américaine et, par conséquent pour sa devise.

Du côté de l’euro, la devise européenne a été pénalisé par le chiffre de l’inflation en zone euro qui peine à décoller, ce qui semble reporter, encore un peu plus loin, l’idée d’une hausse des taux en Europe.

PÉTROLE 
Les cours du baril ont profité tout au long du mois de mars d’une conjonction de facteurs favorables. Le pétrole a progressé de près de 9%, retrouvant ses niveaux de 70$ pour le Brent et 65$ pour le brut léger américain.

La vigueur de la demande mondiale dans un environnement de croissance synchronisée continue d’apporter un soutien aux prix.

Le respect de l’accord entre l’Opep et ses partenaires est également un facteur de soutien pour le pétrole. Les pays participant à l’accord ont atteint un nouveau record de respect des objectifs de limitation de la production. L’Arabie Saoudite a, en outre, affiché sa détermination à poursuivre en 2019 cette coopération en vue de rééquilibrer le marché.  Malgré la hausse de la production américaine, qui reste un véritable casse-tête pour les prévisionnistes.

Mais le véritable catalyseur est sans conteste la prime géopolitique qui est de retour. Les prémices de guerre commerciale que se livrent Trump et la Chine peuvent potentiellement handicaper le commerce mondial. Et s’il y a un arrêt progressif de la mondialisation, il y aura invariablement une baisse de la demande d’énergie. Des accords semblent se dessiner mais le risque reste prégnant.

La crainte de tensions géopolitiques autour de l’Iran a aussi contribué à soutenir les cours.

Les récents remaniements qui ont eu lieu à la Maison blanche ces derniers temps, avec la mise en place de plusieurs personnalités qui ne cachent pas leur hostilité au régime iranien, ont attisé les craintes d’une possible dénonciation de l’accord avec l’Iran.

Cette question sera tranchée avant la mi-mai, mais compte tenu de la nouvelle couleur très ouvertement anti-Iran à Washington, il est désormais difficile d’envisager que l’accord sur le nucléaire iranien puisse survivre. Rappelons que l’Iran est le troisième producteur de l’Opep. Cela signifierait que le pays serait à nouveau sous le coup de sanctions commerciales qui l’empêcheraient d’exporter vers certains pays. Ce qui devrait soutenir les prix du baril.

OR
Alors que la tendance était à la baisse en février, le métal jaune enregistre un gain de 3% en mars, proche des 1350 dollars. La pression baissière sur le billet vert a participé à ce rebond, le contrat or étant libellé en dollar, toute dépréciation de la devise américaine est avantageuse pour le prix de l’once, qui devient plus attractif pour les investisseurs munis de devises étrangères.

L’or avait été, le mois dernier assez hermétique à la volatilité, qui signait pourtant son grand retour sur les marchés. Traditionnellement tout ce qui se traduit par de la crainte pour les investisseurs est favorable au métal fin, qui sert de valeur refuge face aux incertitudes, mais en mars le métal jaune a retrouvé ses fonctions d’origine. Le contexte anxiogène sur les marchés entourant la nouvelle politique anti marché libre de Trump a entretenu ce sentiment.

CONCLUSION
Les marchés n’affichent plus la même décontraction depuis quelques semaines. Si l’environnement macro-économique reste solide, les investisseurs sont tout de même plus anxieux. Il faut dire que le contexte traduit une plus grande fébrilité, et ce n’est pas les causes de nervosité qui manquent : prémices de guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, pression sur les groupes Techs, environnement géopolitique.

Cela devrait se traduire par plus de volatilité. Les marchés financiers n’aiment pas les mesures protectionnistes parce qu’elles peuvent remettre en cause la croissance. Personne n’a donc intérêt à déclencher une guerre commerciale.

Refroidis par un début d’année difficile à Wall Street, les investisseurs comptent désormais sur une prometteuse saison de résultats du premier trimestre. Les prévisions de croissance des sociétés du S&P-500 dépassent les 18%, la réforme fiscale adoptée en décembre aux Etats-Unis ayant amélioré les prévisions pour l’ensemble de 2018.

Autres points positifs : la croissance reste solide partout dans le monde, l’inflation reste encore relativement basse et ne constitue pas une menace majeure pour le moment. Les taux, même s’ils ont un peu progressé, restent assez bas. Le contexte macro est donc encore attractif.

Concernant les Gafa, les investisseurs ont du mal à estimer quel va être le degré de magnitude du choc sur les valeurs technologiques. Le leadership du bull market américain avait été très concentré sur les Gafa. Difficile donc d’imaginer une véritable crise dans ce secteur. Les gains de productivité engendrés par ces monstres boursiers sont trop importants. Les données sont le « pétrole » du 21ème siècle et les entreprises comme Facebook, Google, Amazon, ont encore de beaux jours devant elles, grâce à leur capacité à traiter et utiliser les données et finalement à générer énormément de profits. Si des milliards de personnes utilisent ces géants du net c’est qu’ils leur donnent satisfaction, rappelons qu’un quart de l’humanité est sur Facebook !

Précision : Les informations contenues dans cet article n’engagent que le rédacteur et ne sauraient se substituer à un conseil financier spécifique. Elles ne sont valables qu’à la date de leur rédaction uniquement.

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