Alors que des centaines de milliards de shekels restent immobilisés sur les comptes courants des ménages israéliens, les banques continuent d’en tirer des bénéfices considérables. Malgré la baisse progressive des taux d’intérêt, l’argent laissé sans rémunération sur les comptes bancaires demeure l’un des moteurs les plus rentables du secteur financier. Une situation qui soulève des questions sur les habitudes d’épargne des particuliers et sur les opportunités encore insuffisamment exploitées par de nombreux ménages.
L’argent dormant, une ressource précieuse pour les banques
L’épargne laissée sur les comptes courants constitue aujourd’hui une véritable manne pour les établissements bancaires israéliens. Selon une analyse économique récente, les banques auraient dégagé près de 9,7 milliards de shekels de revenus nets au cours des douze derniers mois grâce aux liquidités détenues par les particuliers sur leurs comptes.
Ce montant correspond aux revenus générés après déduction des intérêts versés aux clients, lesquels restent particulièrement faibles. Sur la période étudiée, les ménages n’ont reçu qu’une rémunération marginale, estimée à environ 230 millions de shekels au total, soit un rendement proche de 0,1 %.
Derrière ces chiffres se cache une réalité simple : l’argent qui dort sur les comptes courants ne reste pas inactif pour les banques. Au contraire, il constitue une ressource financière abondante qui contribue directement à leur rentabilité.
Une mécanique particulièrement rentable
La rentabilité de ce modèle repose sur un mécanisme bien connu du secteur bancaire. Une grande partie des liquidités déposées par les clients est placée auprès de la Banque d’Israël ou investie dans des instruments financiers de court terme dont la rémunération évolue au rythme des taux directeurs.
Au cours de l’année écoulée, le taux d’intérêt moyen s’est établi autour de 4,3 %. Les banques ont ainsi bénéficié de rendements élevés sur des fonds dont le coût de rémunération demeure extrêmement faible.
En pratique, pour chaque tranche de 10 000 shekels conservée sur un compte courant, les banques ont perçu en moyenne près de 430 shekels de revenus annuels. Dans le même temps, les titulaires des comptes n’ont obtenu qu’une dizaine de shekels d’intérêts.
Cet écart explique en grande partie les profits records enregistrés par le secteur bancaire ces dernières années.
L’héritage des années à taux zéro
Si cette situation perdure, c’est aussi parce qu’elle trouve son origine dans les habitudes acquises durant une longue période de taux d’intérêt très faibles.
Pendant près d’une décennie, conserver des sommes importantes sur un compte courant ne représentait pas un manque à gagner significatif. Les produits d’épargne alternatifs offraient eux-mêmes des rendements limités, ce qui réduisait l’intérêt de transférer son argent vers d’autres supports.
Lorsque les taux ont commencé à remonter fortement à partir de 2022, de nombreux épargnants n’ont pas immédiatement modifié leurs comportements. Les banques ont alors bénéficié de cette inertie, profitant d’une masse importante de capitaux disponibles à faible coût.
Même si une partie du public s’est progressivement tournée vers des solutions plus rémunératrices, les montants laissés sur les comptes courants demeurent considérables.
Une hausse récente des liquidités non investies
Les dernières données publiées par la Banque d’Israël montrent même un retour à la hausse des sommes conservées sur les comptes courants.
Après une période de relative stabilité, les encours ont progressé de manière continue depuis le début de l’année pour atteindre 237 milliards de shekels en avril, soit leur niveau le plus élevé depuis près de deux ans.
Cette évolution démontre que de nombreux ménages continuent de privilégier la simplicité et la disponibilité immédiate de leur argent, parfois au détriment de son rendement.
Pour les banques, cette tendance constitue une excellente nouvelle. Plus les sommes restent sur les comptes courants, plus elles disposent d’une source de financement abondante et peu coûteuse.
Les fonds monétaires gagnent du terrain
Face à cette situation, les fonds monétaires apparaissent comme l’une des principales alternatives.
Ces produits permettent aux particuliers de bénéficier de rendements proches des taux du marché monétaire tout en conservant un niveau élevé de sécurité et une grande liquidité.
Contrairement à certaines idées reçues, les fonds monétaires ne sont pas réservés aux investisseurs expérimentés. Ils offrent un accès simple à une gestion collective investie dans des actifs de court terme à faible risque.
Même après plusieurs baisses du taux directeur, les rendements proposés restent attractifs. Avec un taux avoisinant actuellement 3,75 %, un capital de 10 000 shekels peut encore générer plusieurs centaines de shekels par an, bien davantage qu’un compte courant classique.
Cette réalité explique l’intérêt croissant des épargnants pour ces solutions.
Une prise de conscience encore incomplète
Les chiffres témoignent d’une progression rapide des fonds monétaires en Israël. Les actifs gérés sont passés d’environ 50 milliards de shekels au début de l’année 2023 à plus de 200 milliards de shekels aujourd’hui.
Cette croissance traduit une amélioration progressive de la culture financière et une meilleure connaissance des différentes possibilités d’épargne.
Cependant, le chemin reste encore long. Les montants investis dans ces fonds demeurent inférieurs aux sommes immobilisées sur les seuls comptes courants.
Selon les estimations réalisées, même en tenant compte d’une réserve de trésorerie nécessaire aux dépenses quotidiennes, un ménage israélien aurait perdu en moyenne près de 2 600 shekels au cours de la dernière année en laissant une partie de son épargne excédentaire sur un compte courant plutôt que sur un support plus rémunérateur.
Des écarts importants entre les ménages
L’analyse révèle également une forte concentration des liquidités.
Près de 37 % de l’ensemble des fonds détenus sur les comptes courants seraient concentrés sur seulement 2,6 % des comptes bancaires, ceux dont les soldes dépassent 250 000 shekels.
À l’inverse, près de la moitié des comptes affichent des montants relativement modestes, inférieurs à 5 000 shekels.
Cette situation suggère que les enjeux ne sont pas les mêmes pour tous les épargnants. Certaines personnes âgées ou moins familiarisées avec les outils numériques pourraient conserver une part importante de leur patrimoine sur des comptes courants faute d’informations suffisantes sur les alternatives disponibles.
Vers une meilleure information des épargnants
Conscientes de cet enjeu, les autorités financières cherchent à renforcer la transparence et à améliorer l’information du public.
Les banques sont désormais tenues de présenter les fonds monétaires aux côtés des dépôts traditionnels lorsqu’elles proposent des solutions d’épargne à leurs clients.
D’autres mesures pourraient également être mises en place afin de rendre ces alternatives plus visibles au moment où les particuliers prennent leurs décisions financières.
L’objectif n’est pas de supprimer les comptes courants, qui restent indispensables à la gestion quotidienne des finances personnelles, mais d’encourager une utilisation plus efficace de l’épargne disponible.
Dans un environnement où les taux d’intérêt demeurent relativement attractifs, une meilleure répartition des liquidités pourrait permettre aux ménages de valoriser davantage leur patrimoine tout en conservant la flexibilité nécessaire à leurs dépenses courantes.
Pendant ce temps, les banques continuent de démontrer qu’un argent laissé sans affectation précise peut se transformer en une source de profits particulièrement lucrative.